Peu de mots circulent aussi facilement que celui de risque, et peu résistent aussi mal à l’examen. On dit d’un fumeur de cinquante ans qu’il « a » un risque de vingt pour cent de faire un infarctus dans les dix ans ; on dit d’un nouveau-né qu’il « est à risque » ; on dit d’une population qu’elle « présente un risque accru ».

Ces trois usages ne désignent pas la même chose. Le premier est une probabilité attribuée à une personne, ledeuxième une catégorie administrative, le troisième une fréquence observée dans un groupe. Le passage del’un à l’autre n’a rien d’évident, et c’est précisément dans cet écart que se loge la difficulté conceptuelle du risque individuel.